Franck roulait sur l'A10 entre Tours et Poitiers quand la douleur est arrivée. Pas dans le bras gauche comme dans les films. Dans la mâchoire. Puis le thorax, comme un étau. Il a eu le réflexe de se rabattre sur la bande d'arrêt d'urgence avant de perdre connaissance.

Les pompiers m'ont dit que j'avais eu 15 minutes. 15 minutes de plus et c'était fini.

Le profil type

Franck avait 44 ans. Commercial terrain pour un groupe agroalimentaire. 120 000 km par an. Lever 5h30, coucher 23h. Repas sur le pouce - sandwich, fast food, aires d'autoroute. 15 cigarettes par jour. Pas de sport depuis ses 25 ans. 14 kg de trop.

Mon médecin me disait depuis trois ans de ralentir. Je lui disais que j'avais pas le temps. Comme si le temps c'était un truc qu'on choisit.

L'hôpital

Pose de deux stents. Dix jours d'hospitalisation. Trois mois d'arrêt. Rééducation cardiaque. Et surtout : le temps de réfléchir.

Quand t'es allongé dans un lit d'hôpital à 44 ans et qu'on te dit que t'aurais pu mourir, tu fais les comptes différemment. J'ai regardé ma vie comme un bilan comptable. Et il était déficitaire.

Ce qu'il a changé

Tout. Progressivement, mais tout.

  • Arrêt du tabac du jour au lendemain ("L'infarctus, c'est le meilleur patch qui existe")
  • Changement de poste : plus de terrain, un rôle sédentaire au siège. Perte de salaire : 800€ par mois
  • Marche quotidienne de 45 minutes, puis course à pied douce
  • Alimentation repensée. "Ma femme cuisine, je cuisine. On mange ensemble. C'était pas le cas avant."
  • Coucher à 22h30, lever à 6h30

Le prix financier

Passer de commercial terrain à poste fixe lui a coûté sa prime annuelle et sa voiture de fonction. Soit environ 12 000€ par an de revenus en moins.

C'est 1 000€ de moins par mois. On a coupé les vacances au ski, vendu la deuxième voiture. Mais je suis vivant. Et je vois mes enfants grandir.

Un an après

Franck a perdu 11 kg. Il ne fume plus. Sa tension est revenue à la normale. Il marche 8 000 pas par jour. Il dort. Il dîne avec sa femme et ses deux filles.

Je dis pas que je suis heureux. C'est un grand mot. Mais je suis là. Et avant l'infarctus, j'étais en train de disparaître sans m'en rendre compte.

Ce qu'il dirait aux autres

N'attendez pas que votre corps vous envoie un ultimatum. Le mien a été gentil. Il m'a laissé une deuxième chance. Tout le monde n'a pas cette chance-là.