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Il vit avec sa mère à 38 ans et il assume : "le jugement des autres, c'est leur problème"

Antoine est développeur, gagne 2 800€ net. Il vit avec sa mère dans un pavillon en banlieue de Lyon. Pas par échec. Par choix. Il raconte pourquoi.

Par Léna Darvois · 2026-05-04 · 6 min de lecture
Homme travaillant sur son ordinateur dans la cuisine familiale

Antoine a 38 ans, un CDI en télétravail, un salaire correct. Et il vit chez sa mère. Pas dans un studio au sous-sol. Dans la maison familiale, à Vénissieux. Sa chambre d'ado est devenue un bureau. Le salon est partagé. La cuisine aussi.

Les gens entendent 'il vit chez sa mère' et ils imaginent un mec en pyjama qui joue aux jeux vidéo. Moi je travaille 8 heures par jour, je paye la moitié des courses et des charges, et je fais le jardin le week-end.

Pourquoi ce choix

Antoine a vécu seul de 24 à 33 ans. Appartement à Lyon 7e, 750€ par mois. Puis son père est décédé en 2021. Sa mère, 67 ans, seule dans un pavillon de 120m².

Elle m'a pas demandé de revenir. C'est moi qui ai proposé. La maison était trop grande pour elle. Mon appart était trop petit pour moi. C'était juste logique.

L'argent qu'il économise

Plus de loyer. Plus de charges seul. Antoine met 1 200€ de côté chaque mois. En cinq ans, il a épargné plus de 70 000€.

Si j'étais resté locataire à Lyon, j'aurais peut-être 15 000€ d'épargne. Là j'ai de quoi acheter un bien un jour. Ou pas. Au moins j'ai le choix.

Le regard des autres

C'est là que ça coince. Les collègues. Les dates Tinder. Les amis.

Sur les applis, je le dis direct. Certaines femmes partent. D'autres trouvent ça mature. Celles qui partent, tant mieux. Je préfère quelqu'un qui comprend que vivre avec sa mère à 38 ans c'est pas un aveu d'échec.

Ses amis ont arrêté les blagues au bout d'un an. "Ils voient que je suis bien. Que je pars en vacances, que j'épargne, que je suis pas malheureux. Alors ils lâchent l'affaire."

Ce que ça dit de notre société

En Italie, en Espagne, en Asie, vivre en famille élargie est la norme. En France, on considère que si t'es pas seul dans ton 40m² à 30 ans, t'as raté ta vie.

On paye un loyer énorme pour prouver qu'on est adulte. Moi j'ai décidé que l'indépendance, c'est pas une adresse. C'est une liberté intérieure.

Et dans 5 ans ?

Ma mère aura 72 ans. Peut-être qu'elle aura besoin de plus d'aide. Peut-être que j'achèterai un bien à côté. Pour l'instant, on est bien comme ça. Et c'est tout ce qui compte.
LD
Léna Darvois
Journaliste, rubrique Histoires

Journaliste indépendante spécialisée dans les récits de vie et les parcours atypiques. Ancienne correspondante en presse régionale.

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