Notre Quotidien
Société

Pourquoi on accepte des jobs qu'on déteste (et pourquoi c'est de plus en plus dur d'en sortir)

La résignation professionnelle touche des millions de Français. Pas le burn-out. Pas la souffrance visible. Juste ce sentiment sourd que lundi reviendra toujours trop vite.

Par Inès Souvray · 2026-05-04 · 6 min de lecture
Homme fatigué devant son ordinateur dans un open space

Il y a ceux qui souffrent au travail. On en parle. Il y a ceux qui s'épanouissent. On les envie. Et puis il y a les autres. Ceux qui ne sont ni bien ni mal. Qui font leur job. Qui rentrent chez eux. Qui recommencent. Sans crise, sans drame, sans horizon.

On appelle ça la résignation professionnelle. Ou le "brown-out" : pas un effondrement, mais une extinction lente.

Les chiffres qui parlent

Selon une étude Gallup 2025, seuls 7% des salariés français se disent "engagés" dans leur travail. C'est l'un des taux les plus bas au monde. 25% sont "activement désengagés". Le reste - la majorité - est dans le ventre mou : présent mais absent.

"Je fais mes heures. Je rends ce qu'on me demande. Mais si demain la boîte fermait, je crois que je ressentirais surtout du soulagement." - Pauline, 31 ans, chargée de com.

Pourquoi on reste

Le CDI. Le crédit. Les enfants. L'habitude. La peur de ne pas retrouver. Le syndrome de l'imposteur qui te dit que tu vaux pas mieux.

J'ai calculé un jour combien il me faudrait pour démissionner et vivre 6 mois sans revenu pendant que je me retourne. C'était 14 000€. J'en avais 3 000. Alors je suis resté.

Le piège du confort médiocre

Le vrai piège n'est pas la souffrance. C'est le confort juste suffisant. Un salaire qui paye les factures. Un manager qui n'est pas horrible. Des collègues supportables. Rien de grave. Rien d'enthousiasmant.

Quand tu souffres vraiment, tu finis par craquer. Le corps t'oblige à partir. Mais quand c'est juste tiède, tu peux tenir 20 ans comme ça.

Ce qui a changé

Avant, la résignation au travail était normale. On bossait pour vivre, point. Aujourd'hui, on nous vend le "sens", la "passion", le "purpose". Résultat : ceux qui n'en trouvent pas se sentent doublement en échec.

Non seulement mon job m'ennuie, mais en plus je suis censé en trouver un qui me transcende. La pression est des deux côtés.

Y a-t-il une sortie ?

Les reconversions explosent. Mais reconversion veut souvent dire baisse de salaire, reprise d'études, incertitude. À 35 ans avec un crédit, c'est un luxe.

Les experts du travail proposent une voie intermédiaire : le "job crafting" - modifier son poste de l'intérieur. Prendre des projets différents, bouger en interne, aménager ses horaires.

Parfois, c'est pas le métier le problème. C'est l'entreprise. Ou le management. Ou le rythme. Changer un paramètre peut tout changer.

Mais pour ça, encore faut-il que l'entreprise le permette. Et que le salarié ait la force de demander.

IS
Inès Souvray
Journaliste, rubrique Societe

Journaliste société, diplômée en sociologie. Elle couvre les évolutions du quotidien des Français : travail, logement, liens sociaux.

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