"Tu pars où cet été ?" C'est la question la plus posée en France entre juin et septembre. Au bureau, en famille, entre amis. Et pour 40% des Français, c'est la question la plus gênante de l'année.

Car 4 Français sur 10 ne partent pas en vacances. Pas par choix philosophique. Par manque d'argent.

Le tabou financier

"Quand les collègues reviennent en septembre avec leur bronzage et leurs photos du Portugal, je dis que j'ai passé un été tranquille. La vérité, c'est que je n'avais pas les moyens de partir", témoigne Nathalie, 45 ans, secrétaire médicale.

Une semaine de vacances en famille, même modeste, c'est un budget de 1 000 à 2 000 euros. Location, essence, restaurants, activités. Pour un foyer qui vit au centime près, c'est tout simplement impossible.

La honte silencieuse

Le problème n'est pas seulement financier. C'est social. Ne pas partir en vacances en France, c'est un stigmate. C'est être celui qui "reste". Celui qui "ne profite pas de la vie".

Ma fille de 10 ans est revenue de l'école en pleurant parce que tous ses copains partaient et pas elle", raconte David, père célibataire. "Comment tu expliques à un enfant que t'as pas les moyens ?

Les chiffres

Selon l'INSEE, le taux de départ en vacances est directement corrélé au revenu. 90% des cadres partent en vacances chaque année. 50% des ouvriers. 35% des personnes au chômage.

La France est l'un des pays d'Europe où les inégalités de départ en vacances sont les plus marquées.

Les alternatives

Certaines familles trouvent des solutions. L'échange de maisons, le camping municipal, les aides de la CAF (bons vacances), les séjours chez la famille en province. Ce ne sont pas des vacances de rêve, mais ce sont des vacances.

On va chez ma belle-mère dans le Lot pendant deux semaines", dit Nathalie. "C'est pas la Grèce, mais les enfants sont contents et ça nous coûte juste l'essence.

Changer le regard

Le vrai problème, c'est peut-être le regard de la société. Partir en vacances est devenu un marqueur social. Un indicateur de réussite. Tant que ce sera le cas, 40% des Français vivront chaque été avec un sentiment de honte qu'ils n'ont aucune raison de ressentir.