Lundi matin. 9h. L'agenda de Lucas, 28 ans, développeur dans une ESN lyonnaise, affiche quatre réunions. La première dure une heure pour un sujet qui tiendrait en trois lignes de Slack. La dernière est un "point d'équipe" hebdomadaire où personne ne prend la parole sauf le manager.

J'ai fait le calcul sur un mois. 22 heures de réunions. Sur 154 heures de travail mensuel. 14% de mon temps. Et sur ces 22 heures, peut-être 3 étaient vraiment utiles.

Le grand refus silencieux

Lucas n'est pas seul. Selon une étude Otter.ai de 2025, les salariés de moins de 35 ans participent à 31% de réunions en moins que leurs aînés. Pas parce qu'ils ne sont pas invités. Parce qu'ils déclinent.

Je refuse poliment. 'Est-ce qu'un message Slack suffirait ?' Ou 'Je peux avoir le compte-rendu après ?' Les trois quarts du temps, la réponse est oui.

Le coût des réunions inutiles

Une étude Microsoft de 2024 estimait que les réunions inefficaces coûtent 25 000€ par an et par salarié en temps perdu. En France, le salarié moyen passe 4,5 heures par semaine en réunion. Les cadres : 8 heures.

Le pire c'est la réunion qui aurait dû être un mail. Et le mail qui aurait dû être un message Slack. Et le message Slack qui aurait dû être rien du tout.

Ce que les jeunes proposent

Pas l'anarchie. Pas le refus de communiquer. Juste des règles simples :

  1. Pas de réunion sans ordre du jour écrit
  2. Pas de réunion de plus de 30 minutes
  3. Pas de réunion à plus de 5 personnes
  4. Toute réunion doit se terminer par une décision ou une action
Si on peut pas remplir ces quatre critères, c'est pas une réunion. C'est un monologue collectif.

Les entreprises qui s'adaptent

Certaines boîtes ont pris le virage. Shopify a supprimé toutes les réunions récurrentes en 2023. Basecamp fonctionne quasi-exclusivement en asynchrone. En France, des startups comme Alan ou Payfit limitent les réunions à des créneaux précis.

Chez nous, le mercredi est sans réunion. C'est devenu le jour le plus productif de la semaine. De loin.

La tension générationnelle

Les managers de 45-55 ans vivent les choses différemment. Pour eux, la réunion est un outil de contrôle, de lien social, de management.

Mon N+1 m'a dit que refuser une réunion c'était manquer de respect à l'équipe. Je lui ai répondu que me faire perdre une heure pour rien, c'était aussi un manque de respect.

Le compromis reste à trouver. Mais la tendance est claire : la réunion par défaut est en voie de disparition.