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À 52 ans, elle dort dans sa voiture depuis 3 mois : "je travaille, je paye mes impôts, et je n'ai nulle part où vivre"

Nadia est aide à domicile. Elle gagne 1 380€ net par mois. Depuis février, elle dort sur le parking d'un supermarché. Son histoire raconte la France invisible.

Par Léna Darvois · 2026-05-03 · 7 min de lecture
Femme assise dans sa voiture la nuit sur un parking

Nadia a 52 ans, un CDI, une fiche de paie chaque mois. Elle aide des personnes âgées à se lever, se laver, manger. Elle travaille six jours sur sept. Et le soir, elle dort dans sa Clio.

Les gens pensent que les SDF sont des hommes, qu'ils boivent, qu'ils ne travaillent pas. Moi j'ai un métier. J'ai un salaire. Je suis invisible.

Comment on en arrive là

Son propriétaire a vendu l'appartement qu'elle louait depuis neuf ans. Préavis de trois mois. Elle a cherché. Partout. À Montpellier, un T2 à 600€ demande trois fois le loyer en revenus, soit 1 800€ net. Elle en gagne 1 380€.

J'ai répondu à 43 annonces en deux mois. Pas un seul propriétaire ne m'a rappelée. Je gagne trop peu pour louer, mais trop pour être prioritaire au logement social.

Le quotidien dans une voiture

Elle se gare chaque soir sur le parking d'un supermarché en périphérie. Couverture sur la banquette arrière, oreiller coincé contre la portière. Elle se lave dans les toilettes du McDonald's en ouvrant. Ses vêtements sont dans deux sacs dans le coffre.

Le plus dur c'est pas l'inconfort. C'est la honte. Le matin, je mets mon uniforme, je souris, j'aide Mme Germain à se lever. Elle ne sait pas que j'ai dormi dans ma voiture.

Ce que personne ne dit

En France, 330 000 personnes sont sans domicile fixe. Parmi elles, une proportion croissante de travailleurs pauvres. Des gens qui ont un emploi mais pas assez pour un toit. L'aide à domicile est l'un des métiers les plus touchés : salaires bas, temps partiel subi, déplacements non remboursés.

On applaudit les soignants, on fait des reportages sur les aides à domicile. Mais personne ne veut payer ce que ça coûte vraiment.

Un espoir fragile

Le CCAS de sa commune l'a finalement orientée vers un hébergement d'urgence. Une chambre dans un foyer, partagée avec une autre femme. "C'est pas chez moi. Mais c'est un lit."

Elle attend toujours un logement social. Le délai estimé : 18 à 24 mois.

Je ne demande pas la lune. Je demande quatre murs et une porte qui ferme à clé. En France, en 2026, c'est devenu un luxe.
LD
Léna Darvois
Journaliste, rubrique Histoires

Journaliste indépendante spécialisée dans les récits de vie et les parcours atypiques. Ancienne correspondante en presse régionale.

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